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CARNET DE VOYAGE ...
... Kirghizie Inédite
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Jour 4 : Grand canyon kirghize
Le lever de soleil sur le panorama accentue encore la couleur rouge de la terre.
C’est dans ce contexte que nous nous levons, démontons les tentes et déjeunons.
Gérard en profite pour rappeler les consignes de cette étape. Le lieu que nous traversons
ce matin est d’une beauté rare mais nécessite un minimum de précautions : ne
pas se laisser distancer, passer exactement là où est passé le cheval
précédant, déchausser l’étrier côté paroi afin de pouvoir se
rattraper si le cheval " dévisse ", ... Sati, comme toujours, ouvrira la voie.
Sur ces paroles, nous nous mettons à cheval. Rapidement, nous nous engageons dans le canyon
de Kejar Sou.
Sa roche friable est d’un rouge vif que viennent rarement atténuer des
éléments de végétations épars. Particulièrement
encaissé, il est parcouru par un torrent que nous traversons maintes fois en fonctions des
itinéraires praticables.
Parfois leur absence oblige à sortir temporairement de la gorge en prenant un peu d’altitude,
nous donnant alors un point de vue dominant sur le canyon.
Dans ces cas là, nous empruntons des sentiers étroits à flanc de paroi. En
dessous de nous : plusieurs dizaines de mètres d’à-pic qui se terminent dans le
torrent. Et il arrive que ces sentiers soient partiellement écroulés. Dans ces cas
là, une seule solution : faire confiance au cheval, le laisser faire et le gêner
le moins possible. C’est ce que nous faisons et tout se passe bien.
Là où le canyon s’élargit et se divise en plusieurs branches, une cahute se
dresse, apparition étrange tant ce lieu semble impropre à une habitation, et par sa
construction.
Nous y abandonnons Gérard et Urmat, ainsi que nos sacoches, et partons explorer l’une des
branches. A cheval dans un premier temps, puis à pied lorsque le terrain devient impraticable
pour nos montures. Et ce jusqu’à ce que nous arrivions dans une sorte de nasse. Impossible
d’aller plus loin sans posséder de matériel d’escalade. Ce n’est pas le cas et c’est de
toute façons loin d’être le but de notre randonnée.
Nous rejoignons donc Gérard et Urmat. Le groupe reconstitué, nous repartons et nous
préparons à sortir de ce canyon si spectaculaire. Ce qui sera chose faite dès le
franchissement à gué de cette rivière aux flots bouillonnants effectué.
L’eau arrive jusqu’au poitrail des chevaux et quelques mètres plus bas une petite chute d’eau
attend le maladroit.
Chaque cavalier engage sa monture avec précautions. Tout se passe bien jusqu’à ce que
l’un des cavaliers pénètre dans l’eau avec une impulsion insuffisante et sans rêne
d’appui. Le cheval, perpendiculaire à l’axe du courant, commence à se laisser
entraîner. Déjà ses postérieurs sont à la limite de la chute d’eau.
Sur la berge, tout le monde pousse de grands cris pour encourager la monture qui dans un grand coup de
rein parvient à se dégager et à rejoindre le bord. Plus de peur que de mal.
Une halte en amont nous permet de nous sustenter et de prendre un peu de repos.
Lors du départ, Sati prend un peu de champ, fusil à la main. Il est chasseur et la
région est giboyeuse ; il espère bien rapporter de quoi améliorer un ordinaire
qui d’ailleurs n’en n’a pas vraiment besoin. Mais ça présentera au moins l’avantage de
changer du mouton.
La chance n’est pas avec lui : à l’exception de quelques oiseaux dont le rapide
passage n’a pas permis de tirer, aucun gibier ne montre le bout de son museau aujourd’hui.
Une courte pause dans les hautes herbes du jailoo permet à Sati de ranger son arme et aux
chevaux de prendre un peu leur souffle avant d’attaquer une pente vraiment abrupte.
Cette ascension nous mène à un premier sommet balayé par les vents. La
légère brume atmosphérique ne nous empêche pas d’apercevoir au loin le lac
d’Issy Kol.
Un nouvel effort nous mène au col que nous redescendons en prenant garde à ce que
nos chevaux ne trébuchent pas dans les trous de marmottes particulièrement nombreux.
Le défilé emprunté débouche sur une large vallée. Des troupeaux
paissent a proximité de bâtiments délabrés auprès desquels nous
passons.
Un peu plus loin, la traversée d’un cours d’eau permet d’abreuver les montures qui n’ont
rien bu depuis la pause du midi.
L’ascension de l’autre versant de la vallée nous mène près de deux yourtes.
Des pépiements s’échappent de l’une d’entre elle. Il est probable qu’elle serve à
abriter les rapaces avec lesquels les Kirghizes pratiquent la chasse.
L’arrivée au col nous permet de deviner à travers la brume les lacs de Son Kol et
Issy Kol. En contrebas, une petite yourte est installée à côté de quelques
chevaux.
Nous amorçons une descente assez douce, tantôt à cheval, tantôt à
pied pour ménager nos compagnons. Charchambe, le cheval de rechange, ne dédaigne pas
à l’occasion s’écarter de l’itinéraire pour vaquer à des occupations qu’il
juge plus importantes, obligeant Urmat et Sergent à intervenir pour le remettre dans le droit
chemin.
Le vent fraîchit et nous commençons à avoir froid. Heureusement, le but n’est
plus bien loin. Et bientôt, la yourte où nous allons passer la nuit apparaît.
La famille hôte est composée de deux soeurs et d’un frère aux yeux bleus,
donnant ainsi l’appellation " yourte aux yeux bleus " à leur habitat estival.
Entre collation et repas, nous assistons à leurs tâches quotidiennes (traite des vaches,
préparation du pain, ...).
Ici les chiens sont devenus végétariens par la force des choses, et c’est avec vigueur
que l’on verse dans leur gamelle du lait et des végétaux.
Pendant que nous nous régalons d'une copieuse collation, les jeunes filles de la yourte
s'agitent autour d'un livre français-kirghize. Se tournant vers nous, elles nous demandent, de les
prendre en photo. Nous nous exécutons bien volontiers. Celles-ci sortent alors, vêtues de leurs
vêtements de ville, et s'approche du cheval de servitude pour la pose.
Difficiles à retenir pour nos hôtes, nos prénoms européens sont rapidement
transformés en surnoms kirghize, c’est ainsi qu’Arnaud se nommera dorénavant
" Dgiguit " (Ami), Claire : " Klastach " (Petite Soeur),
Jean-Michel : " Ak Sakhal " (Barbe Blanche) et Cindy :
" Petrouchka " (Persil).
L’installation pour la nuit se révèle légèrement
problématique : la yourte où vivent trois personnes doit cette nuit en accueillir
neuf de plus (enfin huit : Urmat, le plus jeune de nos accompagnateurs, dormira dans le
véhicule d’intendance). Nous prenons donc place sur les tapis tant bien que mal mais dans la
bonne humeur. Cette nuit, nous donnerons un autre sens à l’expression " dormir les uns
sur les autres ".
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