CARNET DE VOYAGE ...
... Kirghizie Inédite

Journée précédente : Un début en douceur

Suite du voyage : Grand canyon kirghize


Jour 3 : Premier bivouac

Une grande partie de la nuit passée à écouter la toux d’une brebis malade ne nous aide pas à nous lever. Mais il est grand temps de le faire. Une longue journée nous attend. Et la plus matinale d’entre nous, Cindy, a déjà eu le temps de partager le koumisse avec nos hôtes et de participer au rassemblement de nos chevaux. Laissons lui la parole.

" Après avoir passé une nuit ponctuée par les doux ronflements de ‘nos hommes’ et la toux incessante d’une brebis sous notre fenêtre, je me lève avant mes compagnons de chevauchée. Superposant des couches de vêtements, je me glisse à l’extérieur du bâtiment, sans faire de bruit. Dehors, tout est calme, seuls les aboiements d’un chien viennent masquer le chant des oiseaux et de temps à autre, un sifflement aigu, semblable au cri de l’aigle, vient troubler l’ordre des choses : non loin de la ferme, un tchaban rassemble son troupeau. A l’arrière du bâtiment, les femmes sont déjà actives, accroupies, elles traient les vaches. Elles tournent la tête à ma venue pour me saluer sans abandonner leur tâche rythmée par le jet régulier du lait tiède dans leur seau en fer. C’est alors que je croise Urmat, le jeune homme de la maison qui me propose de l’aider à ramener les poulains. J’accepte l’invitation avec plaisir. Avec l’aide de Tolik, nous nous approchons des poulains craintifs, afin de les attacher court à une ligne tirée au sol. Ils resteront ainsi les uns contre les autres durant toute la journée. Les femmes viendront alors, toutes les deux heures, pour traire les juments afin d’en recueillir le lait qui en fermentant donnera le fameux Koumiss. Cette partie " d’attrape-poulain " se terminera devant un grand bol de ce breuvage subtilement aromatisé au feu de bois. Pendant ce temps, les autres randonneurs se sont éveillés ..."

Cette fois-ci, c’est à nous de panser et seller (bricole, selle et croupière) nos montures. Une opération banale pour tous les participants, à l’exception du sanglage par noeud de cravate que nous sommes nombreux à découvrir.

Dans un premier temps, nous prenons un peu d’altitude en suivant le ruisseau courant près de la maison. Puis rapidement, nous obliquons sur la gauche. L’itinéraire nous fait suivre un sentier longeant les vallées alentour et nous évite des cycles de montées / descentes qui seraient épuisants pour nos chevaux. Le terrain se prête de temps à autre à des trots. Nous continuons ainsi à grimper progressivement. Puis une pente plus brutale nous emmène au col. Nous faisons une halte, non pas pour vider une bouteille de vodka comme le veut la tradition russe, mais laisser souffler nos montures et brûler un peu de pellicule.

Le paysage alpestre de la veille a laissé la place à quelque chose de plus rude, d’où une grande impression de solitude se dégage. Les arbres ont progressivement disparu et seules les quelques yourtes aperçues çà et là trahissent une présence humaine. Ainsi que le bâtiment agricole visible au fond de la vallée de l’autre côté du col.

Yourtes

La déclivité est importante et il semble qu’il nous faille perdre rapidement toute l’altitude gagnée au cours des heures précédentes.

Comme souvent, c’est à pieds que nous entamons la descente. Après une première partie bien raide, la pente s’adoucit. Nous continuons un moment puis faisons une nouvelle halte à proximité du bâtiment agricole.

Sentier   Varanok

Nous nous remettons en selle, traversons la rivière qui court au fond de la vallée et entamons une nouvelle montée.

Nous suivons un sentier nous offrant une vue imprenable sur la vallée en contrebas. Quelques ruches rappellent l’existence d’une activité humaine en ces lieux.

Le sentier devient chemin. Sur les bas-côtés, du serpolet mentholé donne une touche de couleur supplémentaire à ce paysage où le vert de l’herbe et l’ocre de la terre dominent.

Tantôt suivant le chemin, tantôt le quittant, nous franchissons les montagnes et traversons les vallées. Nous dépassons un Aksakal (littéralement " Barbe blanche ", désigne un Ancien) juché sur son âne, dont la posture et la tenue lui confèrent un air particulièrement digne. Arrivé sur le plateau un peu plus haut, une pause nous permet de prendre quelques photos pendant que Gérard entre les coordonnées dans le GPS qu’il vient d’acquérir. Tandis qu’il en explique le fonctionnement à Sati, notre Aksakal nous a rejoint. S’engage alors une démonstration et une longue discussion sur l’utilisation de cet appareil.

Ce temps est mis à profit par certaines de nos montures pour se coucher puis se rouler, avec selles et sacoches sur le dos. A grand renfort de cris, nous les relevons. Heureusement, le matériel n’a pas été endommagé.

Varanok

Nous quittons notre ami d’un instant et reprenons la route. L’heure commence à être bien avancée et nos estomacs crient famine. Enfin, nous arrivons au lieu prévu pour le déjeuner, le long d’un cours d’eau.

Pendant que nous faisons le plein d’énergie, un troupeau de chevaux appartenant à une yourte en contre-haut vient s’abreuver à proximité.

Nous ne nous attardons pas, la route est encore longue jusqu’à notre lieu de bivouac.

Nous passons à proximité de la yourte et poursuivons, parfois grimpant, parfois descendant, traversant torrents, rivières et fossés, mais toujours profitant du paysage qui nous est offert.

En fin d’après-midi, ce dernier se civilise. Les sentiers laissent la place à des chemins. Quelques poteaux témoignent d’une époque pas si lointaine où l’électricité arrivait en ces lieux reculés. Des ponts, généralement dans un état de délabrement avancé, permettent de franchir les rivières à pieds secs.

La pente s’est adoucie. A notre gauche, des hommes fauchent les foins dans les champs. Le terrain devient bientôt propice au galop mais nos montures sont fatiguées par cette journée et trébuchent fréquemment. Nous restons donc au pas. Nous ne sommes plus bien loin de notre but et seuls les nuages menaçants s’amoncelant sur les sommets alentour justifieraient de presser le pas.

Le lieu de bivouac choisi se situe en contrebas du plateau, à proximité d’un torrent. L’herbe y est abondante.

Comme le véhicule d’intendance ne peut pas descendre jusque là, nous délestons nos montures de nos sacoches et fontes et descendons sacs de voyages et tentes à dos de cheval.

Installation du bivouac

Nous attachons ces derniers après les avoir dessanglés puis choisissons les emplacements des tentes et les montons.

Ces opérations effectuées, nous déssellons nos montures, les entravons et les libérons. Une fois le matériel rangé, nous remontons près du véhicule d’intendance pour un dîner (précédé de vodka, comme il se doit) bien mérité.

La nuit tombe vite et amène avec elle la fraîcheur. Le climat continental associé aux effets de l’altitude donne des amplitudes thermiques journalières conséquentes.

Nous rejoignons nos tentes pour un sommeil réparateur. Alors que chacun s’apprête à sombrer dans les bras de Morphée, un coup de feu tiré en l’air par Sati avertit le voisinage que la pratique de l’un des sports favoris des Kirghizes (le vol de chevaux) est déconseillée dans les parages.

Suite du voyage : Grand canyon kirghize

Journée précédente : Un début en douceur