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CARNET DE VOYAGE ...
... Kirghizie Inédite
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Jours 16 et 17 : Séjour à Bishkek
Le temps des dernières photos et nous faisons nos adieux. A Urmat, Sati et Tollik, nos
accompagnateurs kirghizes, dans un premier temps, puis à Dominique, Hélène et
Yann. Le bus est déjà là et attend pour nous emmener à Bishkek.
Plus nous approchons de la capitale, plus la route s’élargit et s’améliore. Ce qui
n’est pas le cas de la façon de conduire des automobilistes. Sur les
bas-côtés, de nombreux étalages proposent des melons, des pastèques
énormes ainsi que des fruits divers.
Notre hôtesse pendant notre séjour à Bishkek est tatare. Elle met une maison
à notre disposition, où nous laissons nos sacs avant de repartir.
Le déjeuner est fait de brochettes mangées à la terrasse d’un restaurant.
Le contraste avec les jours passés dans les montagnes kirghizes est saisissant. Par la
foule d’abord. Par le nombre de visages occidentaux croisés ensuite : l’essentiel de
la forte minorité russe vit dans les villes. Par les tenues vestimentaires,
particulièrement pour les femmes, enfin : talons hauts, jupes courtes, jeans,
lunettes de soleil ont remplacé les robes et les fichus.
L’après-midi est consacré à la visite du marché. Sa taille est
conséquente et chaque type de produit y a une partie qui lui est propre.
C’est ainsi que les épices aux couleurs variées laissent la place aux yaourts,
koumisses et autres produits laitiers puis aux viandes et enfin aux poissons. Outre la nourriture,
on y trouve également le plus invraisemblable des bric-à-brac, avant de
déboucher sur la partie réservée aux tissus. Nous terminons par les
étalages de tapis en feutre, que plusieurs d’entre nous souhaitent ramener. De tailles,
de formes et de couleurs variées, il y en a pour tous les goûts, à des prix
défiant toute concurrence. Reste à leur trouver une place dans l’avion...
Quelques achats de souvenirs (en particulier de musique) plus tard, nous retournons chez notre
hôtesse où un bon sauna nous attend. Nous terminons la soirée en
découvrant la cuisine tatare puis en essayant de décrypter les symboles des
tapis à l’aide d’un livre, pendant que Claire essaye le ciré de l’armée
russe qu’elle s’est acheté. Ces derniers sont d’une efficacité et d’une
solidité à toute épreuve, et disposent même d’un sauna
incorporé.
Le lendemain est le jour de la fête nationale kirghize, mais avant tout jour de la finale
de la compétition internationale d’Oulak Tartich. Ce jeu, appelé bouzkachi dans
d’autres pays, est certainement le jeu le plus populaire d’Asie Centrale, et est pratiqué
aussi bien lors d’événements importants (mariages, ...) que dans le cadre de
championnats.
Le principe consiste à se disputer une carcasse de mouton (ou éventuellement de
veau ou de chèvre) et à l’emporter à cheval jusqu’à une zone de but.
Se pratiquant individuellement ou par équipe, chaque cavalier rivalise d’adresse pour
ramener gloire et présents qui récompensent le vainqueur.
Généralement, plus les enjeux sont importants, plus la carcasse est lourde.
René CAGNAT, grand connaisseur de l’Asie Centrale, précise même dans l’un de
ses ouvrages qu’autrefois la bête disputée était encore vivante.
Pour nous, cet événement est une aubaine et marque de façon spectaculaire
notre dernier jour de présence dans ce pays rude et magnifique.
L’hippodrome est déjà largement rempli lors de notre arrivée et seules
quelques places en bas des gradins subsistent. La chaleur est étouffante et le soleil
ardent. Quelques Kirghizes nous distribuent des papiers journaux. Les hommes peuvent s’en faire
des chapeaux. Mais les femmes doivent les glisser sous leurs fesses pour ne pas s’asseoir
directement sur les pierres, sous peine de stérilité.
Après le " Omine " de rigueur, la longue litanie de Manas débute,
vite couverte par les acclamations de la foule lorsque les différentes équipes
ayant participé au championnat se présentent une à une. Russes,
Turkmènes, Afghans, Ouzbeks, Kazakhs, Kirghizes ... défilent sous nos yeux.
Chaque équipe a pris grand soin de revêtir des vêtements traditionnels et a
apporté un soin particulier au pansage des chevaux pour apparaître sous son
meilleur jour. Les montures sentent l’excitation du lieu et montrent parfois quelques signes
d’impatience.
Le défilé des équipes laisse la place à la présentation de
numéros de voltige par chacune d’entre elles.
Puis les joueurs des pays finalistes font leur apparition. Kirghizie contre Kazakhstan. Inutile
de dire que les faveurs du public vont largement vers les premiers. Et nous français, ne
sommes pas en reste, au grand amusement de nos voisins.
La dépouille du mouton est placée par l’arbitre au centre d’un cercle. Seul un
joueur de chaque équipe a le droit de participer à la (re)mise en jeu. C’est au
premier qui attrapera la carcasse. Les chevaux se poussent, voire même parfois se cabrent,
sous les ordres de leurs cavaliers. Même pour des animaux issus d’élevages
spécialisés, le dressage dont il font preuve est impressionnant. Ce n’est pas tous
les jours qu’on a l’occasion de voir un cheval rester immobile alors qu’il se fait charger par
un autre et que son cavalier est couché sur son flanc pour attraper un objet de plusieurs
dizaines de kilos.
Dès le mouton attrapé, le joueur s’empresse de le coincer sous sa jambe et de
galoper vers la zone de but. Empoignade furieuse entre les cavaliers. Tous les coups ou presque
sont permis et parfois quelques compétiteurs se retrouvent à terre. L’objectif
pour les équipiers du porteur est de le protéger et pour l’équipe adverse,
bien sûr, de récupérer la carcasse, toute autre préoccupation restant
secondaire. Ce qui donne un jeu très violent où les chevaux souffrent au moins
autant que les cavaliers. A la fin de la partie, nombreuses sont les montures dont la bouche
notamment est en sang. Les mors utilisés doivent être particulièrement
sévères.
Heureusement, le jeu est entrecoupé de pauses permettant à tous de reprendre leur
souffle. Elles sont mises à profit pour présenter différents numéros
comme des combats de lutte à cheval. Chaque compétiteur est sur sa monture dans
un cercle, le but étant de désarçonner son adversaire.
A chaque nouvelle période, la position des équipes est inversée. Et cette
fois-ci, il est préférable d’être devant les buts kazakhs, tant
l’équipe kirghize se montre offensive et efficace. Les deux équipes se jettent
dans une mêlée acharnée, qui pour jeter la dépouille dans la cuvette
servant de but, qui pour l’en empêcher et si possible la reprendre à l’adversaire.
Lorsqu’un joueur y parvient, il se lance dans une contre-attaque dans un grand galop, poursuivi
par une meute enragée qui va tout faire pour lui faire mordre la poussière.
L’équipe kirghize domine nettement et gagne la compétition haut la main. La litanie
de Manas reprend pendant que les spectateurs quittent l’hippodrome.
Malgré sa violence, et bien que nous soyons tous de grands amoureux des chevaux, nous
nous sommes vraiment pris au jeu.
Il est temps de passer à des activités plus calmes. Nous partons rendre visite au
sellier russe qui a fabriqué les selles utilisées pendant notre périple.
L’idée est que Jean Michel et Françoise lui présentent quelques
idées d’amélioration afin de rendre les selles plus confortables, tant pour
le cavalier que pour le cheval.
Si l’accueil est très courtois, une grande méfiance est tout d’abord perceptible.
Sacha et son fils construisent les selles de bout en bout, y compris l’arçon et
même la bouclerie. Les ouvrages de référence utilisés datent du
début du siècle et l’équipement est des plus rudimentaire. Travailler dans
ces conditions leur demande donc une grande habilité et une forte implication. Ce qui
explique amplement leur comportement.
Heureusement, la compétence et la gentillesse de Jean Michel et Françoise viennent
à bout de leurs réticences et petit à petit le dialogue s’instaure. Tant et
si bien que Gérard a parfois du mal à assurer la traduction. Aucun problème.
Pour des artisans passionnés, le principal mode de communication reste les gestes du
métier, qui n’ont pas besoin de traduction.
Nous abandonnons Sacha et sa famille pour un dernier repas en Kirghizie, dans un restaurant. Puis
il est temps de faire nos sacs avant d’essayer de prendre un peu de repos, les yeux encore
pleins des merveilles de ce voyage.
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