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CARNET DE VOYAGE ...
... Kirghizie Inédite
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Jour 14 : Col de Chamchi
Le lever est difficile car particulièrement matinal. Nous devons passer le col de Chamchi
de bonne heure pour éviter d’être pris dans le brouillard. Gérard a donc
fixé le départ à 7 heures. C’est sans compter avec les chevaux qui ont
profité de la nuit pour prendre la poudre d’escampette, malgré les entraves.
Sati parvient assez rapidement à ramener un premier groupe, mais les autres sont partis
beaucoup plus loin et il lui faudra un long moment pour les retrouver. Ce délai nous
permet de profiter du lever du soleil sur des montagnes dont la forme n’est pas sans rappeler
celle de vagues gigantesques. Finalement, il est 8h30 lorsque nous nous mettons en route, sous
un ciel bleu sans nuage.
Nous abreuvons nos montures à une rivière serpentant jusqu’au plateau avant de la
traverser à gué.
Un sentier à flanc de montagne nous permet de remonter sur l’autre versant. Nous nous
dirigeons vers un éperon rocheux au travers duquel nous passons. La montée est
rude mais la vue que nous découvrons vaut cet effort : nous surplombons la steppe,
immense espace vert plus ou moins vallonné, constellé de taches blanches et
grises formées par les yourtes. Un peu plus loin, c’est un autre point de vue sur
les montagnes que nous observions le matin qui nous est offert.
Nous contournons une barre rocheuse avant de commencer à redescendre, à pied, pour
ménager nos montures.
Ce n’est qu’au moment de passer un gué que nous remontons en selle. Le sentier prend une
pente ascendante et nous mène en haut d’une vallée. Nous en traversons la
rivière avant de la suivre vers l’amont.
Le chemin est pierreux et nos chevaux s’y engagent avec beaucoup d’attention et de
précaution.
Nous bifurquons vers le col.
L’ascension est longue et difficile, la pente
particulièrement abrupte. Enfin, un peu moins de trois heures après notre
départ, nous atteignons le col de Chamchi, à 3556 mètres d’altitude.
La teinte grisâtre du paysage lui confère l’aspect d’une région volcanique.
Seules quelques plaques de neige viennent rompre cette uniformité.
Nous ne nous attardons pas trop longtemps car le vent se lève et le ciel se couvre. Il est
temps de partir.
La descente s’effectue à pied. La pente est forte mais le sol particulièrement
meuble (nos pieds s’enfoncent littéralement dans la terre) limite tout risque de glissade
malencontreuse. Le bai un tantinet inconscient décide alors de se rouler en pleine descente ;
malgré nos craintes, il se débrouille plutôt bien. Quelques minutes plus tard, nous
avons déjà perdu 300 mètres
d’altitude. Petit à petit la pente s’adoucit mais de grosses pierres font leur apparition.
Nous remontons en selle à la croisée de deux torrents. De nombreux taons en profitent
pour s’offrir un extra sur nos montures.
Nous continuons à descendre la vallée, en passant et repassant la rivière
à gué. Il arrive parfois que le terrain devienne difficile, nous amenant
à marcher.
Pour la première fois depuis longtemps, nous voyons des arbres, conifères et
feuillus. Au début relativement épars, ils se font de plus en plus nombreux et
c’est une forêt de conifères que nous finissons par longer.
Cela fait maintenant plus de 5 heures que nous sommes partis et nos estomacs commencent à
se manifester bruyamment. Une longue pause repas à côté du cours d’eau
permet d’y remédier tout en prenant un peu de repos.
Le chemin peu escarpé nous permet de repartir en alternant le trot ou l’amble avec le pas,
tout en suivant la rivière d’un côté ou de l’autre. Amenés à
plusieurs reprises à la traverser, nous préférons le faire à
gué. Les ponts, lorsqu’ils existent sont hors d’usage et de toutes façons l’eau
reste peu profonde.
Outre la présence d’arbres, la perte d’altitude est visible par l’apparition d’une
habitation, dont la forme rappelle d’ailleurs celle d’un chalet.
Nous débouchons à proximité d’une ferme où se joue une partie
d’Oulak Tartich acharnée. D’où nous sommes, nous ne voyons que des cavaliers
s’affronter en une mêlée furieuse et impressionnante.
Nous les observons, profitant du spectacle et attendant que le chemin soit dégagé.
Un dernier pont, en rondins, nous permet de traverser la rivière et de poursuivre dans
la vallée, à des rythmes variés. Un tronçon de sentier,
relativement plat, nous permet de faire un petit galop.
Nous atteignons le bâtiment agricole que nous avions laissé le jour 3. A partir de
maintenant, nous suivons exactement le même itinéraire que les premiers jours.
Plus loin, nous croisons un jeune tchabane ramenant ses vaches pour le soir.
La journée a été longue et nos chevaux commencent à accuser la
fatigue. Ils trébuchent de plus en plus souvent et engagent moins. Pour les soulager,
nous marchons de plus en plus.
Heureusement, la maison d’Urmat est bientôt en vue. Et à 18h30, nous pouvons clore
la chevauchée de cette journée en attachant nos chevaux le long de la
barrière.
Le russe producteur de miel déjà rencontré lors de la première
nuit passée chez Urmat est présent et nous attend de pied ferme avec sa
production. C’est ainsi que le traditionnel encas se transforme en dégustation de miel
liquide ou de rayons de miel. Et qu’il parvient à nous en vendre quelques litres.
Nous finissons de prendre soin de nos montures qui l’ont vraiment plus que mérité
avant de repasser à table. Enfin, nous pouvons nous coucher pour pouvoir profiter
à plein, demain, de notre dernière journée de randonnée.
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