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CARNET DE VOYAGE ...
... Kirghizie Inédite
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Jour 13 : La grêle s’en mêle
L’étape prévue aujourd’hui est courte et nous prenons notre temps. Le ciel est
magnifique ce matin. Les montagnes autour de nous sont enneigées. En revanche, les nuages sont
nombreux sur la chaîne que nous avons traversé hier.
Nous préparons nos chevaux au son d’une musique sortant d’une poste radio alimenté
par un panneau solaire. De temps à autre, le débit est ralenti en raison d’un nuage mal
placé.
Le départ se fait peu avant 10 heures, accompagné par un Kirghize pendant quelques
minutes. Le paysage est un paysage de steppe. Quelques yourtes sont plantées ci et là.
D’autres se détachent sur la ligne d’horizon. C’est vers ces dernières que nous nous
dirigeons, tandis que les sommets les plus hauts disparaissent sous d’épais nuages.
Derrière nous, sur une hauteur, une yourte est en cours de démontage. Un tracteur
attend pour en transporter les éléments.
Sati et Urmat font une pause koumisse offerte par un Aksakal puis nous rejoignent au galop.
D’une façon générale, ces grands espaces permettent à chacun d’aller au
rythme qu’il souhaite, le risque de se perdre étant quasiment nul.
L’arrivée des nuages et le bruit du tonnerre nous laisse supposer que la journée ne
se poursuivra pas forcément avec le temps idéal dont nous bénéficions
depuis le matin.
Nous passons des cours d’eau à proximité d’une yourte dont les chiens font savoir
avec énergie que nous empiétons sur leur territoire pour déboucher sur un tapis
d’edelweiss.
Le ciel s’est nettement assombri et nous enfilons nos capes de pluie par précaution.
Bien nous en prend, il se met aussitôt à pleuvoir. A 12 heure, nous arrivons chez le
jeune couple où Gérard a prévu de nous faire déjeuner. Au loin, nous
distinguons un yak mélangé à un troupeau de vaches.
La pluie finit de tomber et pendant que le ragoût de marmotte continue de mijoter,
nous sortons de la yourte pour profiter des rayons de soleil et de la lumière.
La très jeune fille de nos hôtes, espiègle, prend la pose devant les appareils
photos. Et leur chien, un magnifique berger, ne se fait pas prier pour recevoir les nombreuses
caresses que nous lui prodiguons. Ce chien n’a pas été élevé dans la
crainte de l’homme et pour une fois Gérard nous laisse jouer avec sans inquiétude. Dans les
autres cas, la consigne est de ne jamais s’en approcher.
Nous repartons vers 15 heures. Nous aurions aimé faire un détour pour approcher le
yak mais la pluie menace à nouveau et il est préférable d’arriver le plus vite
possible. Par ailleurs, Gérard garde un mauvais souvenir de cette bête qui a
déjà chargé un groupe qu’il accompagnait.
Nous sommes à peine en route que la pluie d’abord puis la grêle se met à
tomber drue. Notre direction se trouve pratiquement dans l’axe du vent et nos visages sont fouettés par
les grêlons. Sati, désireux d’arriver le plus vite possible et d’abréger ce moment
désagréable, passe au galop. Nous suivons, un oeil fermé, l’autre rivé sur
l’arrière main du cheval précédant, nous protégeant du mieux possible.
Cette allure n’est guère raisonnable et Sati revient rapidement au pas. Malgré cela, il nous
est rigoureusement impossible de décrire le paysage, tant celui ci est bouché. De toutes
façons, notre préoccupation est principalement tournée vers le moyen de rester au sec et
de ne pas avoir trop froid. Les chevaux, eux, rechignent à avancer droit, ils préféreraient
offrir leurs croupes au vent pour se protéger de la grêle.
Le temps se calme quelques minutes avant notre arrivée. Pour une fois, nous parvenons au
but de la journée peu avant Tolik. Le véhicule d’intendance semble d’ailleurs avoir
quelques difficultés à grimper, mais il parviendra à nous rejoindre.
Nous sommes à 3000 mètres d’altitude. La journée a été courte
puisque nous avons passé à peine plus de 3 heures en selle.
Nos hôtes disposent de deux yourtes, ce qui nous en laisse une pour nous. Notre
première préoccupation après avoir attaché les chevaux est de nous
changer (nous sommes trempés) et de mettre nos affaires à sécher près
du poêle de la deuxième yourte.
Une grande agitation règne dans cette famille. Les femmes sont occupées à
préparer des beignets en vue d’une fête qui célébrera la redescente dans
la vallée. En effet, même s’il est encore assez tôt dans l’année, les nuits
et même les journées commencent à être trop fraîches pour le
bétail à cette altitude.
Le débit est impressionnant et deux poêles sont mis à contribution :
l’un dans la yourte et l’autre à l’extérieur, entre deux averses. Le temps reste en
effet assez capricieux et les pluies succèdent aux accalmies qui elles même
succèdent aux brumes épaisses.
Mais lorsque le ciel consent à se découvrir un tant soit peu, nous
découvrons une vue magnifique sur les montagnes et les vallées, dont les détails
sont mis en valeur par de rares rayons de soleil.
L’une des femmes de la famille parle anglais, ce qui nous permet pour la première fois
d’avoir une discussion directe (sans interprète) avec un habitant. La colonisation russe aura
au moins mis en place un système éducatif performant dans ce pays, dont tous les enfants
ont pu profiter jusqu’à l’indépendance. Aujourd’hui, les infrastructures de tous types
sont devenues inexistantes, la Kirghizie n’ayant plus les moyens de les entretenir. A l’image de sa
génération, la jeune soeur de cette Kirghize n’aura pas accès à ce savoir
si important pour vivre dans notre monde. Et que peut devenir un pays qui n’investit plus dans
l’éducation de sa jeunesse ?
Malgré la quantité de beignets dont nos hôtes nous ont gavé, nous
parvenons à avaler le repas préparé par Tollik. Le coucher n’aurait pas
été renié par Louis XIV lui même. Nous sommes manifestement l’attraction
de la région et c’est sous l’oeil curieux des Kirghizes que nous nous installons dans nos duvets.
Une fois leur curiosité satisfaite, ils s’en retournent vers leur yourte et nous pouvons prendre
un peu de repos.
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