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CARNET DE VOYAGE ...
... Kirghizie Inédite
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Jour 11 : Montagnes et marais
Il est 8 heure lorsque nous quittons nos hôtes. La nouvelle de la présence de
touristes dans le village s’est répandue et quelques Kirghizes nous attendent pour nous
proposer divers objets à acheter.
Ce matin, " Le Rouquin " boîte moins. Il ne peut toutefois pas
être monté, et ne le pourra d’ailleurs pas jusqu’à la fin de la
randonnée. Urmat est donc condamné, à son grand plaisir, à continuer
avec Sergent.
Nous sortons de la ville et nous engageons sur un chemin au fond d’une gorge encaissée.
Trois Kirghizes, dont l’un tient une chèvre en travers de son cheval, et deux chiens
nous accompagnent.
Sur les flancs, quelques vaches sont occupées à brouter une herbe relativement rare.
De nombreuses fleurs bleues, ressemblant de loin à de la lavande, égayent ce
paysage rocailleux.
Le temps est très agréable, le ciel est bleu mais parsemé de quelques nuages.
Nous appréhendons toutefois le passage d’un col situé à plus de 3000
mètres. L’expérience nous a appris qu’il y a souvent beaucoup de vent, que le froid
peut y être particulièrement vif et surtout que la météo y est
très changeante.
Nous laissons les chevaux prendre un peu de repos sur les coups de 10 heure, avant d’entamer la
rude montée qui nous attend, tandis que les Kirghizes poursuivent leur chemin.
Cette montée est rude et longue et, combinée à la chaleur de ce matin
là, fait fortement transpirer nos chevaux.
Les montures de remplacement prises à Son Kul ont bénéficié d’une
semaine de repos, pourtant elles souffrent davantage que les autres. Est-ce parce que les
randonnées qu’elles accomplissent sont plus faciles ? Ou plus probablement parce
qu’elles ont moins d’entraînement, Gérard ne les ayant acquises que depuis quelques
mois.
Nous atteignons un premier col où nous laissons les chevaux reprendre leur souffle. Depuis
le début de la randonnée, Urmat n’a pratiquement pas lâché son livre
de français et a fait de très nets progrès, fortement encouragés par
Claire et Cindy.
Nous ne nous attardons pas et repartons par un sentier à flanc de montagne. L’air est sec
et les sabots de nos chevaux soulèvent la poussière ambiante.
Nous rejoignons une piste se dirigeant vers une vallée qui vient de se découvrir,
accompagnés du chant des grillons. Ceux-ci ont élu domicile au sein des estives en
friche que nous traversons. Ancien grenier à blé de l’URSS, la Kirghizie a vu son
cheptel se réduire comme une peau de chagrin après la chute de l’empire
soviétique, et de nombreux jailoos demeurent inutilisés.
Parvenus au bord de la vallée, nous en découvrons le paysage. Les restes d’une ferme
sont visibles. S’il paraît difficile d’y habiter, elle semble toujours être
utilisée, comme en témoignent les quelques vaches et chevaux visibles dans
l’enclos. Sur l’autre versant, deux yourtes forment des taches blanches qui se détachent
du vert des pâturages.
Nous abreuvons nos montures à un ruisseau à proximité de la ferme,
bientôt rejoints par un Aksakal, grand chasseur de marmotte selon Sati, et son chien.
Le harnachement de son cheval
présente un détail inhabituel : l’absence de mors. Jusqu’ici , ce peuple
pourtant cavalier dans l’âme, nous avait plutôt habitué à des pratiques
moins douces et en particulier à l’usage de mors assez sévères. A ce qu’il
semble, ces pratiques souffrent heureusement quelques exceptions ...
Un pont fabriqué à l’aide de quelques troncs d’arbres assemblés nous permet
de traverser la rivière et de passer sur l’autre versant de la vallée. Le sentier
suivi surplombe les yourtes mentionnées précédemment, et les quelques
chevaux occupés à pâturer tout autour.
Nous le quittons, ainsi que l’Aksakal, pour emprunter une piste se dirigeant vers le plateau de
Sandik ... et le mauvais temps.
Le paysage fait penser aux Pyrénées. Quelques ruisseaux s’écoulant en travers
de la piste permettent d’abreuver nos montures régulièrement. En contrebas, nous
observons le Kirghize et son chien longeant le torrent.
La piste est parfois partiellement obstruée par des éboulis. Les quelques rayons de
soleil font briller les paillettes de mica des pierres.
Il est 12h30 lorsque nous en terminons avec cette ascension et débouchons sur le plateau
à 3200 mètres d’altitude. Entre temps, le ciel s’est fait moins menaçant et
nous gratifie même de quelques éclaircies.
La neige est présente sur les monts alentour. A leurs pieds, quelques yourtes et leurs
troupeaux semblent avoir été posés là pour compléter le
décor.
Le sol est souple et propice à des allures plus rapides. Nous nous lançons dans un
bon trotting, interrompu uniquement par quelques zones rendues marécageuses par les
nombreux petits filets d’eau s’écoulant des montagnes.
La proximité de troupeaux de chevaux nous amène à repasser au pas. Il arrive
que les étalons n’apprécient guère l’intrusion de congénères
étrangers à leurs groupes et se montrent menaçants. Dans ces cas là,
Urmat ou Sati s’interposent entre notre troupe et le fauteur de troubles et le maintiennent
à une distance raisonnable.
Nous nous dégageons. Le terrain prend une légère pente ascendante et nous
décidons d’en profiter pour laisser nos montures se défouler. Elles ne se font pas
prier et partent comme des flèches. Instants grisants soulignés par l’air vif de
l’altitude. A cette allure, nous avons vite fait d’atteindre le point haut du plateau. Nous
reprenons la main et repassons les chevaux au pas. Le terrain ne se prête plus à
ce genre d’excentricités et il faut redevenir raisonnable.
Nous entamons la descente et rejoignons un torrent que nous suivons un temps avant de nous
installer pour remplir des estomacs qui commencent à se sentir bien vides.
Le repas est brièvement interrompu par une bonne averse. Nous sortons rapidement les capes
de pluie mais nous les avons à peine enfilées que l’eau cesse de tomber. Les dieux
des Montagnes Célestes sont d’humeur badine aujourd’hui.
Nous reprenons notre route en suivant le torrent, à l’aide d’un vague sentier à
flanc de montagne. Le terrain est rendu particulièrement difficile par de grosses pierres
ou des éboulis qui gênent notre progression. Le dévers est important et
surplombe parfois des à-pics impressionnants.
Nos chevaux font une nouvelle fois montre de leurs qualités et de leur sûreté.
Peut être qu’en Kirghizie ils croisent les équidés avec des chamois.
Nos montures de rechange sont en liberté et en profitent parfois pour s’éloigner
du groupe. C’est Urmat qui est chargé de les empêcher de trop s’éloigner.
Avec Sergent, il les course et les rabat vers nous, avec une aisance qui ferait pâlir
d’envie les plus aguerris de nos cavaliers. Scotché à sa selle, il dévale
les pentes sur ce cheval que la grande taille ne semble pas handicaper.
Nous débouchons en haut d’une vallée. La descente pour la rejoindre est
particulièrement raide, nous effectuons le trajet à pied.
Parvenus en son fond, nous remontons en selle et la suivons.
Enfin, nous apercevons le véhicule d’intendance qui signale notre lieu de bivouac,
à 2600 mètres d’altitude. Pour le rejoindre, nous devons traverser une
rivière au courant conséquent. Heureusement, ce qu’il reste d’un pont nous
évite le passage à gué qui aurait été pour le moins
problématique. Et heureusement aussi que son effondrement partiel, son aspect branlant et
les multiples trous n’effraient pas nos chevaux qui en ont manifestement vu d’autres.
Nous attachons nos montures à proximité du camion et partons monter les tentes de
l’autre côté de la rivière. L’herbe y est meilleure et nos compagnons nous
y rejoindrons après avoir été dessellés. Tous sont entravés
pour la nuit à l’exception de Caramel qui est attaché au bout d’une longe.
Originaire de la région, Gérard craint qu’il ne prenne la poudre d’escampette.
Bien que dégageant un fort sentiment de solitude et de quiétude, ces lieux ne sont
pas dénués de vie, bien au contraire. C’est ainsi que nous voyons
défiler des pêcheurs à pied puis un tchabane et ses juments.
Après un bon orage, nous prenons un bon repas reconstituant au pied d’un arc en ciel avant de rejoindre nos tentes
pour la nuit. Un sommeil réparateur nous y attend.
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