CARNET DE VOYAGE ...
... Kirghizie Inédite

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Jour 10 : Chaud plateau

Après avoir fait nos adieux, le coeur serré, à Abdel Kader et sa famille, nous mettons la cavalerie en route. Et s’il est difficile de tourner le dos au panorama offert par le lac de Son Kul, la perspective de nouvelles merveilles à découvrir est particulièrement motivante.

Yourte et Son Kul

Le début de l’itinéraire se fait sur un sol souple, légèrement ascendant, parfait pour découvrir le tempérament et le comportement de nos nouvelles montures. Comme toujours, l’étendue du paysage renforce notre impression de solitude et de liberté.

Sati

De temps à autre, une marmotte se découvre discrètement. Mais même après une semaine de steppe, nos yeux ont encore bien du mal à saisir ces instants fugaces.

Le chemin se fait de plus en plus escarpé, jusqu’à ce que nous arrivions au col, dont l’endroit est marqué par une stèle et rappelé par quelques bouteilles de vodka vides à même le sol.

Le temps d’une pause (et d’entrer les coordonnées du lieu dans le GPS) et nous reprenons notre chemin. Du moins nous aimerions. Car des portions entières de ce qui en tient lieu ont été emportées par le ravinement.

Les cavaliers, tenant les chevaux en main, entament la descente en s’engageant avec précaution sur les éboulis, survolés par quelques rapaces, nombreux dans la région.

Quelques dizaines de mètres plus bas, le sol s’améliore, nous permettant de remonter en selle un instant. Jusqu’à ce que nous pénétrions dans un passage plus abrupt et relativement étroit, qui nous amène à nouveau à continuer à pied.

Le sol est jonché de serpolet mentholé, dont nous faisons moisson. En tisane, c’est très agréable et change du thé ou de la vodka.

Nous retrouvons le chemin en contrebas dans la vallée, longeant un torrent. De nouveau à cheval, nous le suivons au rythme d’un pas vif et soutenu.

Peu avant, " Le Rouquin " s’est mis à boiter, obligeant Urmat à changer de monture. Et c’est avec un grand plaisir qu’il a repris son cher Sergent.

Alors que la journée s’avance, nous rejoignons un endroit propice au pique-nique de l’autre côté du cours d’eau.

Comme toujours, nous n’attachons pas nos chevaux pendant le repas. Seuls leurs antérieurs sont entravés, ce qui ne semble pas vraiment les gêner dans leurs déplacements. Ils ont même acquis une grande dextérité à se mouvoir ainsi et se dispersent rapidement, heureusement pas bien loin.

Le déjeuner touche à sa fin lorsque surviennent trois Kirghizes sur une carriole attelée à un cheval. Ils laissent leur animal, s’approchent pour partager le repas puis se lancent dans une longue conversation avec nos deux accompagnateurs kirghizes.

Conversation qui semble prendre un tour malsain car, après un avertissement de Sati, Gérard nous demande subitement de nous préparer au départ. Nous rassemblons nos montures, les préparons et rapidement nous voilà en selle.

La vallée s’élargit peu à peu. Les montagnes formant ses flancs ont une apparence étrange, semblable aux illusions d’optique laissées par les cartes présentant des paysages en trois dimension.

Un cimetière annonce la proximité d’une présence humaine permanente. Des morts dans des palaces pour clamer aux vivants l’existence d’une vie dans ce pays rude. Et en rappeler le prix.

Cimetière

Un immense plateau s’étend à nos pieds. De là où nous sommes, nous pouvons déjà distinguer quelques villages dont les maisons sont bien différentes des yourtes que nous avons laissées à Son Kul.

Nous nous dirigeons vers le premier d’entre eux et entamons sa traversée. L’altitude est bien moins élevée et la chaleur se fait d’autant plus sentir que les zones ombragées sont rares. Le passage devant l’épicerie est l’occasion d’une halte. Quelques arbres bordant la route nous permettent d’attacher nos chevaux sans les laisser cuire à petit feu.

Les touristes sont peu fréquents dans cette région, ce qui nous attire l’affection (encouragée par la vodka) d’un Kirghize de passage. A vrai dire, cette affection est surtout tournée vers l’une des femmes de notre groupe, et il ira jusqu’à proposer plusieurs femmes en échange de celle-ci.

Pendant cet intermède, d’autres découvrent une boisson fortement caramélisée pourtant labelisée Coca Cola (publicité involontairement gratuite). On cherche toujours aujourd’hui le goût du cola. Une contrefaçon chinoise d’un produit américain au fin fond de l’Asie Centrale, c’est peut être ça la globalisation.

Nous abandonnons notre amoureux imbibé et reprenons notre route. Une fabrique sommaire de briques à la sortie du village laisse la place aux champs. Et c’est accompagnés de quelques cavaliers kirghizes que nous prenons la direction du bourg suivant, but de notre étape.

La maison de nos hôtes, insituteurs au village, est un corps de ferme avec ses dépendances. Cette fois-ci, et pour la première fois, c’est dans un corral que nous laissons nos chevaux pour la nuit.

Corral

La traditionnelle et copieuse collation avalée, direction le sauna ! Nous goûtons avec joie le plaisir de se sentir propre. A attendant notre tour, nous regardons un film russe en noir et blanc, interrompu de pages de publicité toutes les 10 minutes. Nos guides sont hilares devant le petit écran. Nous, nous n’y comprenons rien bien évidemment ,mais la scène en elle-même vaut le détour.

C’est un groupe plus présentable qui peut débattre de l’organisation des étapes à venir, tout en profitant du repas.

L’étape prévue le lendemain étant extrêmement courte, nous pouvons choisir de la cumuler avec la suivante. Ce qui donnerait plusieurs variantes : alléger d’autres étapes à venir, prendre une journée de repos supplémentaire, ...

Notre choix se porte sur le cumul afin de profiter d’une journée supplémentaire à Bishkek. Le dimanche (le jour initialement prévu dans la capitale kirghize) tombant pendant la fête nationale, nous craignons que le marché soit fermé ou abandonné. Avec cet arrangement, nous pourrons profiter du samedi pour le visiter.

C’est également pendant le repas que nos accompagnateurs nous offrent quelques cadeaux : chapeaux et entraves pour les hommes, pièces de feutre ouvragées pour les femmes. Ce sont aujourd’hui de précieux souvenirs de cette randonnée.

Entrave

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